L’Etat de Côte d’Ivoire, en voulant encadrer un peu plus les producteurs, a mis dans tous  les conseils d’administration de la filière, des représentants du gouvernement. Aujourd’hui, il serait trop facile de jeter la pierre aux seuls cadres choisis par les producteurs à la tête de ces structures. Les causes de l’échec se trouvent aussi dans l’irresponsabilité des fonctionnaires que l’Etat a mis dans les conseils d’administration. Ils n’ont pas joué leur rôle. Ils ont été hautement défaillants et devraient rendre des comptes. Certains de ces administrateurs ont même un droit de suspension des décisions de conseils d’administration dont ils n’ont jamais fait usage. Se contentant de jouir abondamment des énormes privilèges qu’ils pouvaient s’offrir par leur position. Quelques uns sont même président de conseil d’administration. Faisaient-ils des rapports sérieux à leur tutelle? Il faut croire que non. Préoccupés qu’ils étaient par autre chose. On imagine aisément quoi.

Partis représenter l’Etat, ils ont fini par croire qu’ils ne se représentaient qu’eux mêmes, comme s’ils étaient par eux- mêmes actionnaires dans ces structures. A travers ces gens, l’Etat de Côte d’Ivoire siégeait bel et bien dans les conseils d’administration qui ont pillé la filière. L’échec, à travers ces fonctionnaires irresponsables et inciviques est aussi imputable à l’Etat. Celui-ci devrait leur demander des comptes et prendre ses responsabilités de manières exemplaire. Un haut fonctionnaire du ministère de l’économie nous confiait qu’à son avis, il serait temps de créer une cellule qui analyse pour le compte de ces représentants les situations financières et les procès-verbaux des conseils d’administration des structures. Cela, selon lui, aussi étonnant qu’il paraisse, n’a jamais été fait.

L’Etat de Côte d’Ivoire a été trompé par ses propres cadres qui ont échoué dans leur mission. S’ils ne s’étaient rendus complices des investissements hasardeux et des détournements sauvages, ceux-ci n’auraient pas été possibles. Un exemple des plus scandaleux peut à lui seul justifier amplement ce coup de pied que nous avons décidé de donner dans la fourmilière: le FDPCC a racheté FOREXI, une entreprise de forage qui réalise essentiellement ses travaux dans les zones rurales. Paradoxalement, le représentant de l’Etat dans une des structures est en même temps président du conseil d’administration de FOREXI! Chose curieuse, le principal client de FOREXI, c’est le FDPCC à qui elle facture ses travaux. En clair, les plus hauts dirigeants du FDPCC sont en même temps les décideurs de FOREXI. Le FDPCC octroit des contrats à FOREXI qui les facture au FDPCC qui paye tranquillement. Un système de vases communicants qui est la porte ouverte à tous les abus. Des sources au FDPCC parlent avec une gêne évidente de ce fameux contrat de 10 milliards octroyé à FOREXI par le FDPCC pour le forage de puits en zone rurale. Un contrat en or pour une entreprise pratiquement en faillite.

Le reprofilage des routes qui est un exercice très prisé au FDPCC et très médiatisé, est en réalité « un gros business » pour des responsables, dont les bénéficiaires des marchés sont, la plupart du temps, de très proches relations. Cela dans la maison FDPCC, est secret de polichinelle. Un sérieux audit n’aurait aucun mal à mettre en lumière toutes ces magouilles qui ont « le double avantage » de justifier des dépenses onéreuses, mais aussi d’empocher de sérieuses commissions au passage. Tout cela s’est produit au vu au su des représentants de l’Etat dans les structures. Ceux-là, pour la plupart, cadres du parti du Président Gbagbo, ont échoué et déçu. Ils devraient garder le profil bas et assumer leurs incompétences et leurs inconséquences.

Isidore SROBOIS ALLAH in « Café-Cacao: pour une refondation de la filière ».

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