« Le succès de ce pays repose sur l’agriculture ». Simple slogan? Que non! Si l’on a parlé du « miracle ivoirien », c’est bien du fait de l’agriculture, principalement du binôme café-cacao. Ces deux produits ont hissé la Côte d’Ivoire à un rang pour le moins fort enviable, faisant d’elle l’économie la plus forte de la sous-région. Malgré la crise qui la coupe en deux, ce pays compte pour 40% du PIB de l’UEMOA. Il tient toujours son rang. Ce qui est véritablement une performance. Une prouesse. Mais il faut craindre que tous les acquis qui font de la Côte d’Ivoire, un carrefour incontournable en Afrique de l’ouest ne fondent. Comme du beurre au soleil. Parce que la filière café-cacao, qui assure son succès est malade. Le diagnostic est posé par Isidore S. Allah dans l’ouvrage fort intéressant que vous tenez entre vos mains; « Café-cacao: pour une refondation de la filière ». A la manière du commandant Cousteau, le journaliste fait une plongée dans les sources du mal qui ronge la filière. Un mal qui, si l’on ne prend garde, pourrait ruiner tous les espoirs de développement de la Côte d’Ivoire de demain. L’auteur ne se contente pas de poser un diagnostic. Il prescrit également la thérapie pour guérir le mal, en donnant la parole à un expert du café-cacao, M DJIKALOU Martyrs Léopold. Ce sont les deux moments qui rythment l’ouvrage de l’ancien rédacteur en chef du défunt quotidien « Les Echos du matin« . Dans le premier moment de son livre, il soutient que la libéralisation de la filière café-cacao, qui a enregistré la dissolution de la CAISTAB et la naissance de certaines structures telles que le FRC, la BCC, l’ARCC, le FDPCC, etc,.. n’a nullement profité à l’Etat de Côte d’Ivoire, encore moins aux planteurs. Elle a profité à une petite coterie. Qui s’est enrichie de façon scandaleuse, et dont le train de vie, frisant la morgue, est une véritable injure à la misère des petits producteurs qui tirent le diable par la queue. En quelque sorte, une sarabande joyeuse de coquins et de copains. Qui roulent dans de grosses cylindrés. Dorment dans des hôtels huppés. Boivent le champagne et le petit lait. Pendant que la masse informe de paysans criblés de dettes et ne pouvant assurer la scolarité de leur progéniture pédale dans la misère. Avec, bien entendu, une étrange conspiration du silence de l’Etat de Côte d’Ivoire. Chose curieuse. Puisque cette situation ruine dangereusement le succès de la politique de la refondation elle-même, et sur la base de laquelle les Ivoiriens ont accepté de confier les rênes de l’Etat au Président Laurent Gbagbo.

Comment comprendre, se pose la question Isidore S. Allah, que cet Etat reste passif devant la gestion patrimoniale et scandaleuse qui est faite de la filière café-cacao, avec le risque plus qu’évident du dépérissement de ce secteur important de l’économie ivoirienne; et, chose grave, du délitement certain certain des fondements même du pays. Pour conjurer ce sort et freiner la catastrophe qui se profile à l’horizon, Isidore S. Allah, dans le deuxième moment de son livre, ouvre des pistes de solutions à travers un long entretien accordé par M DJIKALOU Martyrs Leopold. L’homme sort du cercle de la masturbation intellectuelle, des spéculations oiseuses pour faire des propositions concrètes qui, si elles tombent dans des oreilles attentives et mises courageusement en œuvre, redynamiseront, à coup sûr, la filière mais surtout donneront un coup de fouet à l’économie ivoirienne. Une expertise qu’il met, à titre gracieux, à la disposition de l’Etat de Côte d’Ivoire. Qui devrait, sans doute, en tirer en tirer grand profit. Au-delà de ces deux moments qui constituent l’architecture du livre « Café-cacao: pour une refondation de la filière », Isidore S. Allah interpelle la conscience ivoirienne et africaine sur un phénomène, une gangrène, en réalités, qui explique la « ruine presque cocasse » des « protonations » africaines et qui se déclinent magistralement en des détournements des fonds et l’impunité qui les accompagnent. Car bien plus que les nations développées, ce sont les Etats africains qui ont le plus besoins de gestion rigoureuse de l’argent appartenant à la communauté. Les défis du développement exigent de ces Etats que les deniers publics ne soient distraits, de quelque façon que ce soit, de leur destination initiale. Les exemples de distractions des fonds de la filière café-cacao dont parle Isidore S Allah sont caractéristiques des mauvaises habitudes qui ont la faillite de nos Etats. Et tout se passe comme si ceux qui volent, puisqu’il s’agit en réalité de vol, sont au-dessus des lois ou bénéficient de protections occultes au sommet de l’Etat. Or dans la passe où se trouve la Côte d’Ivoire actuellement, elle a besoin de l’entièreté de toutes ces ressources. C’est, en un mot comme en cent, le temps de la rigueur et de la rectitude morale, et il faut rompre avec la malhonnêteté. Tel est le sens profond du livre de Isidore S. Allah. Puisse la fortune lui ouvrir un grand destin. Parce que le dessein est noble.

 

Souleymane T. Senn Journaliste in « Préface de Café-cacao: pour une refondation de la filière » de Isidore S. ALLAH.

Comment here