Trois principaux cancers ont été à la base de la gangrène de la filière:

  • Les bailleurs de fonds
  • l’ANAPROCI
  • les représentants de l’Etat dans la filière

C’est autour de ces trois axes qu’a été bâtie la grande arnaque dont sont victimes les producteurs.

LES BAILLEURS DE FONDS

Le démantèlement de la CAISTAB, qui est antérieur à l’arrivée au pouvoir au pouvoir de Laurent Gbagbo (la précision est utile), procède d’une déstabilisation du socle économique de la Côte d’Ivoire. Ce qu’il faut d’abord retenir, c’est que la décision de dissoudre la CAISTAB a été prise avant l’audit qui a été diligenté contre cette structure. C’est donc après avoir décidé de démanteler la CAISTAB que l’on a réalisé son audit. Les bailleurs de fonds ont bien monté leur coup (Cf. annexe N°7).

Le but de cette manœuvre étant de faire peser sur les anciens responsables de la CAISTAB, la culpabilité de l’échec de sorte qu’on les écarte de la filière. Ils ont rencontré les producteurs et leur ont fait croire que dans un contexte de libéralisation totale, ils gagneraient plus d’argent. Omettant de leur préciser que cette situation se préparait et que cela devait nécessiter une réorganisation totale et une modernisation satisfaisante des outils des producteurs (formation de cadres qualifiés, informatisation des coopératives pour une plus grande lisibilité des réalités à travers les autoroutes de l’information comme l’Internet, création de coopératives exportatrices fiables, etc.)

Ces gens savaient parfaitement que dans un contexte de libéralisation totale, les multinationales viendraient s’installer au bord champ et utiliser puissance financière pour d’abord étouffer les exportateurs locaux, puis casser les prix des produits avant de tenter de prendre le contrôle des grosses plantations comme cela a failli être le cas au Cameroun. D’autant plus plus que les seuls cadres qui ont la compétence nécessaire pour les empêcher auront été mis hors jeu. Le résultat aujourd’hui, c’est que les producteurs n’ont jamais été aussi pauvres que maintenant. Naturellement, on exclut quelques syndicalistes qui se sont embourgeoisés en profitant des dysfonctionnements et les planteurs qui ont été introduits dans le système fermé des administrateurs des structures de la filières. depuis la libéralisation, les producteurs n’ont plus du tout une quelconque lisibilité sur leur revenu, à cause d’une fluctuation immaîtrisable. Le kilo peut passer de 400FCFA à 300 FCFA sans prévenir. Qui en ce monde a un revenu qui est indexé sur la bourse? La logique aurait voulu que le premier producteur se donne les moyens de maîtriser les effets des fluctuations comme cela de façon tout à fait logique au niveau des pays producteurs de pétrole. Les bailleurs de fonds ont fragilisé les producteurs avec la complicité de certains d’entre eux, mais ils aussi fragilisé la Côte d’Ivoire. Ils n’ ont jamais pardonné à ce pays de leur refuser de contrôler la puissante régie financière, la CAISTAB, qui assurait la solidité financière de la Côte d’Ivoire et pouvait la rendre autonome et payer toutes les dettes extérieures. La CAISTAB était un instrument de souveraineté qu’il fallait dissoudre. Les complicités internes n’ont pas manqué. Mais le pire, c’est que pour que la pilule passe plus facilement, ils ont promis des mesures financières d’accompagnement à la libéralisation qui ne sont jamais arrivées. Ils ont aussi promis la réduction de 80% de la dette de la Côte d’Ivoire. On n’a rien vu. Parce que chaque fois, on posait d’autres conditions complémentaires. La CAISTAB a été dissoute, la libéralisation a été effective et les bailleurs de fonds n’ont jamais fait leur part. Leur combat, aujourd’hui, est de faire en sorte, par tous les moyens, que l’Etat n’intervienne pas justement dans la réorganisation de la filière, parce qu’ils ont peur du retour aux ventes anticipées. Ce système qui fait aujourd’hui du GHANA un pays fort. Le chantage est le même depuis des lustres: la suspension de toute aide financière à la Côte d’Ivoire si les dirigeants ne se plient pas à leurs desideratas.

 

Isidore SROBOIS ALLAH in « Café-Cacao: pour une refondation de la filière »

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