Monsieur Christophe Auguste DOUKA est le Président du Syndicat National des Producteurs Individuels de Café-Cacao en C.I. (SNAPRICCCI), il est également le 2ème Expert ivoirien du Cacao au Comité Européen de Normalisation (CEN-TC 45) enfin il est Conseiller Consulaire à la Cour d’Appel de Commerce d’Abidjan et Secrétaire Exécutif de L’ICCFO (International CoCoa Farmers Organization), une structure regroupant tous les producteurs de cacao dans le monde. Dans la première partie de cet entretien qu’il a bien voulu nous accorder, cet expert en en économie cacaoyère, nous parle des différents maux qui minent la filière cacao et plaide pour l’amélioration des conditions de vie des producteurs.
Ck : bonjour Monsieur Dr Douka, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
M. Douka : vous savez, il est difficile de se présenter soi-même, mais comme vous insistez, comme nous parlons de cacao, je dirai que je suis Douka Christophe Auguste, producteur de Cacao en deuxième génération c’est-à-dire après le décès de mon père en 1985. Je suis donc dans la filière cacao depuis 1985, je sais tout de cette filière et Dieu merci, il y a d’illustres personnalité de ce pays comme messieurs comme Lambert Kouassi Konan, Vincent Pierre Lokrou, Timité Hamed qui peuvent attester ce que je dis. Ensuite je suis à la tête du Syndicat National des Producteurs Individuels de Café-Cacao en C.I. (SNAPRICCCI), qui existe depuis 2005, j’ai été copté par le Comité Européen de Normalisation du Cacao (CEN-TC 45) comme le représentant ici en Côte d’Ivoire premier pays producteur de cacao. Enfin j’ai été tout dernièrement désigné comme Secrétaire Exécutif de L’ICCFO qui regroupe l’ensemble de tous les producteurs de cacao dans le monde. Je suis également Conseiller Consulaire à la Cour d’Appel du Tribunal de Commerce d’Abidjan.
Ck : M. Douka, dites-nous les raisons qui ont motivé la vidéo dans laquelle vous interpelliez le Président de la République sur les disfonctionnements qui ont cour dans la filière cacao ?
Ceux qui vivent dans nos villages, ou ceux qui à l’occasion de certains évènements heureux ou malheureux vont dans nos villages, surtout dans les zones forestières voient les conditions misérables dans lesquelles vivent nos parents producteurs de cacao. En contrario quand vous arrivez à Abidjan, vous voyez aussi le luxe exubérant dans lequel vivent ceux qui jouissent de l’effort de nos parents. Est-ce qu’on doit ce taire ? Je dis non. Nos parents nous ont envoyé à l’école, pour dénoncer ce qui ne va pas. Sinon pour quoi ils l’auraient fait ? Quand on a la chance d’avoir vécu au-delà de la moitié d’un demi-siècle, il faut laisser des traces avant de partir et surtout interpeller ceux qui peuvent changer les choses puisque si nous nous les producteurs, on pouvait changer les choses on l’aurait fait. En Côte d’Ivoire, nous sommes toujours sous le joug du pouvoir exécutif, des pouvoirs qui sont là et qui décident pour nous sans chercher à savoir si telle ou telle solution est bonne pour nous ou pas. Quand j’ai été désigné comme secrétaire exécutif de l’ICCFO dont le siège se trouve en Hollande. Je devais aller prendre fonction mais cela a coïncidé avec la crise du COVID 19. Juste quelque temps après, les dirigeants de la structure pour manifester le désir que le siège de l’ICCFO, soit à Abidjan étant donné que la Côte d’Ivoire est le premier pays producteur de cacao dans le monde, un à l’image de l’ICCO dont le siège se trouve maintenant à Abidjan alors qu’il était par le passé basé à Londres. Ils m’ont donc fait savoir qu’ils allaient me faire parvenir un courrier en ce sens pour que je la dépose au Ministère l’Agriculture de mon pays. Ils ont au même moment manifesté le désir d’organiser l’Assemblée générale de l’organisation en Côte d’Ivoire et profiter pour m’investir. Aujourd’hui, cela fait plus d’un an que j’ai été déposé les différents courriers. Mais jusqu’à ce jour, je n’ai pu bénéficier d’aucune audience de la part du Ministre Adjoumani. Mieux le Conseil Café Cacao m’ignore totalement. C’est pourquoi, chaque fois j’ai l’occasion je fais des sorties. Mais cette fois-ci, c’est la première fois que j’interpelle personnellement le Président de la République sur la difficile situation de la filière et par extension de l’agriculture. Je ne sais pas ce que ses collaborateurs lui disent mais la situation va de mal en pire. Et ce qui nous écœure, c’est rien ne semble être fait pour le bonheur des paysans qui ploient sous le poids d’une misère indescriptible due à la mévente de leurs productions. Dans ma vidéo, j’ai dit au Président qu’avant de reconduire le Ministre actuel de l’Agriculture dans ses fonctions, il fallait d’abord faire le bilan de ses actions passées. En ce qui concerne nous les producteurs de cacao, nous estimons que le bilan n’est pas bon pour ce Ministre soit reconduit. C’est de cette même manière que nous disons non au Conseil Café Cacao. Je l’ai dit dans ma vidéo au Président qu’il a hérité d’une structure qui a été mise en place par le Président Laurent Gbagbo qui a montré bien d’insuffisances. Et lorsqu’il est arrivé au pouvoir, ils ont juste transformé ça en conseil de gestion sans changer grande chose et la même gabegie continue. Vous savez, les gens n’ont pas le courage de dire au Président que certaines décisions ne sont pas bonnes pour la population. Voilà un peu les raisons qui ont motivé ma sortie à travers une vidéo. Comme je sais qu’ils écoutent ce que je dis et ce que je fais, je suis convaincu mon message est arrivé où cela devait arriver.
Ck : M. Douka, pouvez-vous nous expliquer en quelques mots les raisons qui ont provoqué la mévente de la production de nos paysans au cours de la campagne passée ?
Vous savez monsieur Kouassi, bien que nous soyons les premiers producteurs de cacao dans le monde, ce n’est pas nous qui décidons du prix mondial. Tout ce passe dans les bourses à Londres et à New York où vous avez des traders qui vivent de la vente du cacao. Sachez que le cacao fait partie des principaux produits côtés dans les bourses de Londres et de New York. Une fois que le prix est fixé par ces traders, les grosses structures américaines, anglaises, françaises et autres se saisissent de ce prix, parce que c’est à partir de ce prix là qu’elles vont revendre le cacao qu’elles achètent à nos paysans au bord champs. Sans oublier les différentes taxes que le gouvernement ajoute (assurance, transport, droit unique de sortie, la freinte…). C’est quand tout ceci est déduit du prix fixé par les traders c’est-à-dire à la bourse de Londres et de New York, que le reste va servir à l’achat des produits des paysans. Pour la campagne de 2020, le Président de la République pour des raisons qui lui sont propres a fixé un prix pour le regard bienveillant des producteurs. C’est son droit mais quand c’est ce n’est pas bien calculé par rapport au prix de New York et de Londres, il y a problème. Parce que, si l’acheteur voit que le prix fixé bord champs ne lui permet pas de faire profit, il ne va pas acheter le produit. Ces acheteurs ne sont pas venus pour regarder nos beaux yeux mais pour gagner de l’argent. Ils ont d’énormes charges en Côte d’Ivoire. Or le Chef de l’Etat a donné ce prix sans tenir compte de ces facteurs. Ces acheteurs expliquent cela au Président par des personnes interposées mais rien n’y fit et le résultat, c’est nous les producteurs et surtout nos parents qui vivent dans les zones rurales qui payent le prix fort. Les gens n’ont pas eu le courage de dire au Président que c’est un prix politique qui ne pouvait pas sur le terrain. C’est vraiment déplorable.
Ck : quelle est la répercussion immédiate de cette mévente sur les producteurs ?
M Douka : la répercussion est immédiate, c’est la catastrophe pour les producteurs. Le paysan qui est en brousse, le prix du cacao, c’est son salaire, c’est avec ça il vit, c’est avec il se soigne et s’occupe de sa famille, c’est avec ça qu’il scolarise ses enfants. C’est avec ça qu’il mange parce qu’il ne produit pas tout ce qu’il consomme. Il a donc besoin de cet argent pour se réaliser. En côte d’ivoire, nous sommes les premier pays producteurs mondiaux mais les plus pauvres. Je parle des producteurs et non de ceux qui ne savent même comment on produit le cacao mais qui se la coulent douce à Abidjan. Quand vous allez au Ghana et au Cameroun, les producteurs n’ont pas les mêmes problèmes que nous rencontrons chez nous. Nous leur demandons depuis longtemps de changer la structuration des prix. Nous dit à nos autorités pour ne pas dire les décideurs de la filière, que ce que nous voulons, ce sont des centres d’achat à l’intérieur du pays comme cela se fait au Cameroun. Et nous librement nous producteurs nous allons fixer nos prix aux acheteurs, eus peu comme si c’était une vente aux enchères. Vous verrez que nos produits seront mieux vendus. C’est pourquoi nous demandons depuis longtemps les états généraux de la filière cacao. Malheureusement, nos décideurs exécutifs prennent les décisions sans jamais nous associer. Comment veux-tu faire le bonheur de quelqu’un sans chercher à savoir ce que lui il veut ? C’est vraiment dommage que les choses se passent ainsi.
Ck : M. Douka, qu’est-ce que vous attendez concrètement du Président de la République ?
Je lui demande d’accepter l’accord de siège de L’ICCFO, aujourd’hui, je parle avec les vénézuéliens, les colombiens, les camerounais et bien d’autres producteurs dans le monde. Ils nous respectent énormément en matière de production cacaoyère mais en même temps ils s’expliquent difficilement les retissances de l’exécutif à accepter l’accord de siège. Mieux l’ICCFO et CARGILL ont essayé de conjuguer leurs efforts pour que l’assemblée générale se tiennent en Côte d’Ivoire, ils ont même réservé des chambres dans un hôtel de la place. Mais nous jusque là pas encore reçu une quelconque réponse du gouvernement. Les grands acheteurs qui ont voulu s’impliquer dans cette affaire, ont été sommés de se retirer sous peine de leur retirer les agréments d’achat qui leur permet d’être opérationnel en Côte d’Ivoire. Elles ont donc abandonné le projet. Il y à L’ICCO qui regroupe les consommateurs à été délocalisé de Londres à Abidjan, pourquoi refuse-t-on que la structure qui regroupe tous les producteurs du monde est son siège à Abidjan ? Qu’on accepte au moins de me recevoir et m’expliquer clairement les choses. Ils ont voulu avec uniquement le Ghana s’associer pour fixer les prix. Mais vous avez du constater que ça n’a pas véritablement marché. Parce qu’on ne peut faire fi de l’ensemble des producteurs ne serait-ce que seulement les pays africains et fixer des prix. C’est ensemble qu’on est fort. C’est pourquoi, l’ICCFO, est important pour nous.
Ck : nous arrivons à la fin de notre entretien, quel est votre message ?
Pour nous producteurs de la filière cacao, nous demandons au Président de la République de nous recevoir à Abidjan ou à Yamoussoukro comme le faisait le Président Félix Houphouët-Boigny. Il peut recevoir chaque responsable syndical avec cinq de ses membres. Il pourra convier également tous les autres acteurs de la filière. A travers un dialogue direct, nous pourrons régler tous les problèmes et nous entendre sur l’essentiel à savoir les bonnes les bonnes décisions qui iront dans le sens de l’amélioration des producteurs. C’est eux les maillons essentiels de la filière. Il est bon de tenir compte d’eux dans la prise des décisions. C’est ce que faisait par le passé le Président Félix Houphouët-Boigny. Il y avait une complicité entre les paysans et le pouvoir exécutif. C’est ce que nous demandons au Président de la République qui est le patron de l’orientation économique de notre pays. Pour terminer je voudrais vous remercier pour le combat que vous menez pour les producteurs de cacao, les sans voix.

Comment here